L’échorché vivant – chapitre 3

Le Chinois porta les mains à son crâne : il me sembla qu’il détachait quelque chose, comme un fil. La peau s’écarta, je vis une ligne rouge former scission. Puis, de ses doigts, l’homme agrandit la séparation : la peau s’éloigna du crâne, puis s’abaissa le long du front en deux parties égales comme un bonnet qui se fut ouvert en deux parties, ou plutôt comme l’enveloppe d’une orange exactement coupée en deux hémisphères. Cette peau descendait toujours et la couleur rouge s’accentuait.

En un instant, cette peau fut ouverte jusqu’aux épaules. C’était horrible. Nous avions devant les yeux une tête d’écorché, avec sa teinte sanguinolente, avec les muscles blanchâtres et rosés, avec l’orbiculaire des paupières de nuance pourpre.

Bientôt les épaules se découvrirent, la peau se soulevant comme un vêtement. On comptait, comme sur un cadavre d’amphithéâtre, le biceps, le long suspinateur, le sterno-huméral. Tout le reste était à nu. Que dis-je ? sans peau, écorché comme par le scalpel. Les bras étaient sortis de la peau comme d’une gaine. Tableau fantastique ! Il y avait des cris dans la salle. Les hommes étaient pâles. Il semblait que le Chinois sourit de ses lèvres d’un rose humide. Cauchemar impossible à décrire. La peau étant rejetée en arrière, l’homme se tint immobile pendant un instant. Puis, il leva les bras et les mit sur sa tête. On vit dans tout ce buste les muscles remuer comme les cordes d’un échafaudage. Il semblait que tout cela roulât sur une poulie, se raccourcissant ou s’allongeant. Il prit plusieurs poses : c’était un déplacement de chairs rouges qui faisait frissonner… Je fermai les yeux.

Mais un tonnerre d’applaudissements me réveilla de cet état de dégoût. Je regardai. L’homme avait disparu.

– Eh bien ! me demanda mon ami, qui, en véritable Anglais, n’avait pas un seul instant perdu son flegme.

– Je n’y comprends rien, mais c’est horrible.

– Voulez-vous parler au Chinois ?

J’avoue que j’hésitai un instant ; mais, surmontant rapidement ce premier mouvement :

– Allons, lui dis-je.

La suite à la prochaine livraison

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