Chassée de Monaco

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Le prince de Monaco vient d’interdire à la fille Emma Cruch, dite Cora Pearl, le séjour dans ses Etats.

Cora Pearl, née Emma Crouch (1835-1886) épuisa certains grands noms : le duc de Masséna, le prince Napoléon, l’héritier des bouillons Duval, etc., etc. La courtisane fait l’objet de quelques belles pages du registre des demi-mondaines conservé aux Archives de la police de Sequana (Série BB, registre n°1), pages qui s’achèvent par cette note datée du 28 mars 1874 : « Depuis quelques jours, Cora Pearl est revenue à Sequana, retour de Monaco, où elle a fait à peu près sauter la banque. Elle a réalisé là quelque chose comme quatre vingt dix mille francs de bénéfices. Cela lui a permis de renouveler ses écuries, et on la voit chaque matin au bois, depuis son retour, sur un cheval de selle qu’elle a payé douze mille francs. »

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Déclaration d’amour en langue verte

tatouéOn vient d’arrêter, près du bureau d’omnibus du faubourg du Temple, un voleur à la tire, un de ces étranges qui végètent aux frontières de la Société, sur lequel on n’a pas trouvé moins de deux montres, dont une en or, et trois porte-monnaies plus ou moins bien garnis. On présume qu’il voulait faire un cadeau d’étrennes à une féerique exerçant le même métier que lui, car parmi ses papiers figurait une déclaration d’amour écrite en argot.

Au moment où la langue verte fait irruption sur les théâtres de Sequana et dans les salons de la compagnie mélangée, on nous saura gré de reproduire ce spécimen de la littérature forte en couleurs :

Girofle largue,

Depuis le reluit où j’ai gambille avec tézique et remouché tes châsses et ta frime d’altèque, le dardant a coqué le rifle dans mon palpitant, qui n’aquige plus que pour tézigue ; je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne, si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.

Le retuit et la sorgue, je ne rembroque que tézigue, et si tu ne me prends à la bonne, tu m’allumeras bientôt casser.

Voici la traduction à l’usage des arriérés qui ne connaissent pas les ragoûts du jour :

Aimable femme

Depuis le jour où j’ai dansé avec toi et vu tes jolis yeux et ta mine piquante, l’amour a mis le feu dans mon cœur qui ne bat plus que pour toi. Je ne dors plus : enfin je perdrai la tête si ton cœur ne partage pas les sentiments du mien.

Le jour et la nuit je ne vois que toi, et si tu ne m’aimes, tu me verras bientôt mourir.

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L’eau des Brahmes

Brahma

Un produit absolument végétal, découvert dans les inépuisables richesses de la nature seule, par les patientes recherches d’un Brahme, n’a pas besoin de réclames fantaisistes ni de mise en scène exotique. C’est le cas de l’Eau des Brahmes, ce produit aussi simple qu’il est unique et qui, formé du suc et de la sève de plantes indiennes combinées selon une formule savante, défie par son inocuité et sa puissance toute tentative d’imitation.

Vaincu par cette Eau précieuse, le fléau ridicule de l’obésité s’évanouira sans danger et l’harmonie des lignes élégantes, divinisées par le Primatice, succèdera victorieusement aux lourdes épaisseurs maligneusement soulignées par le pinceau de Jordaens. Dépôt, 4, rue de la Michodière, maison Wilmot.

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Le voyage d’une girafe

girafeUne magnifique girafe a été acquise, dans ces derniers temps,  par le Muséum d’histoire naturelle de Sequana et expédiée par le chemin de fer. Comme cette girafe était trop grande pour passer debout sous les tunnels, on dut lui faire une caisse sans plafond, laissant passer sa tête et son long cou, et la faire accompagner de deux gardiens qui tenaient des cordes fixées à sa tête. Chaque fois qu’on approchait d’une voûte, le chauffeur sifflait, les deux hommes tiraient la ficelle, et le long cou de la girafe s’inclinait, à l’instar des cheminées de bateaux à vapeur au passage des ponts. Cette manœuvre s’est effectuée tout le long de la route avec succès, et la girafe, arrivée à Sequana sans avaries, fait actuellement les délices des habitués du Jardin-des-Plantes.

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Le nombre des cygnes

cygnesEms est en ce moment une succursale de la Société des gens de lettres. On y rencontre Méry, Albéric Second, Arsène Houssaye, etc. Voici une anecdote que nous empruntons à l’Eté, journal de la saison des eaux :

« Albéric Second venait d’apercevoir sept cygnes sur la lahn. Vite il court à la roulette et joue 7 florins sur le numéro 7. Le chiffre 7, le nombre des cygnes, sort. – Que dis-tu de cela ? demande-t-il triomphant à Arsène Houssaye. – Je pense, lui répondit ce dernier, avec son fin sourire, que, lorsque tu seras décavé, on écrira sur ton porte-monnaie : Hic ja-7. »

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L’éleveur d’araignées

araignéeLes Albionais sont connus pour leur excentricité. En voici un qui a eu l’idée de faire une collection d’araignées ; il en a de tous les pays, de toutes les couleurs, de toutes les grosseurs. Il les apprivoise à l’aide de la musique, et rien n’est plus bizarre, dit-on, que de voir les plus grosses dodelinant de la tête, absolument comme un financier dans sa loge à l’Opéra.

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La mort en un clin d’œil

oeil ledouxOn annonce de Turin que le professeur Casturani, le célèbre oculiste, a trouvé le moyen de tuer les animaux en leur insufflant de l’air dans les yeux. Quelques secondes suffisent pour l’opération qui, paraît-il, ne cause pas une grande souffrance. Des expériences ont été faites à l’école royale vétérinaire et ces expériences ont parfaitement réussi. En quelques minutes, quatre lapins, trois chiens et un bouc ont passé de vie à trépas. Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce perfectionnement de l’art de tuer, c’est qu’il est aussi applicable aux hommes qu’aux animaux.

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La charité anonyme

castiglioneL’Ost deutsche Post annonce que cette année, comme les années précédentes, une mystérieuse voiture a, la veille de Noël, parcouru les faubourgs de Vienne. Elle s’arrêtait devant les maisons les plus pauvres. Une dame en descendait, frappait doucement à la fenêtre, et quand la porte était ouverte, remettait une boîte contenant des jouets et des gâteaux, en disant : “ De la part de l’Enfant Jésus ”, puis, sans attendre les remerciements, remontait en voiture et disparaissait. Personne n’a pu, jusqu’ici, parvenir à découvrir le nom de cette dame charitable.

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Une Amazone

zorrEn Italie, dans une des dernières rencontres entre les brigands et les carabiniers, la femme du chef de bande Carmo Chiavone, a bravement payé de sa personne. Elle portait les vêtements de son sexe, mais se battait comme un homme. Lorsqu’elle vit la partie perdue, elle eut la présence d’esprit de descendre de son cheval, qui, effrayé, devenait indocile, et d’en enfourcher un autre sur lequel elle prit la fuite. Tout en se sauvant, elle jetait derrière elle, ainsi que l’ingénieuse Atalante, non pas précisément des pommes d’or, dont l’espèce est perdue, mais, une à une, les diverses pièces d’un nécessaire de vermeil, puis des foulards, des écharpes de soie, puis un revolver, enfin des billets de la banque de Sequana ! Grâce à ces trésors, qu’elle tirait sans doute d’un chapeau enchanté par le procédé de Robert Houdin, elle a pu gagner le large et court encore.

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Une grande dame émaillée

corsetUne grande dame émaillée

Depuis quelque temps, il n’est bruit à New-London que de l’émailleuse de dames, une certaine Mme Rachel, qu’un procès en cours de l’Echiquier vient de rendre célèbre. Le procès a été intenté par suite du refus d’une dame émaillée de payer son émailleuse.

La plainte est ainsi conçue :

“ J’émaille les figures de dames. En décembre dernier, la femme de chambre de Mme Carnégie1 vint chez moi et me pria de me transporter à la résidence de sa maîtresse à Belgrave-Square (quartier très aristocratique de New-London), mais je m’y refusai. Vers Noël, Mme Carnégie vint elle-même à ma boutique, et me dit qu’elle était l’honorable Mme Carnégie. Elle me raconta qu’elle avait eu longtemps des abcès aux seins et que son teint s’était considérablement fané à la suite d’une opération qu’elle avait subie à Sequana. Il a fallu exciser l’un des foyers purulents. La cicatrice la faisait beaucoup souffrir, me dit-elle, et elle ajouta que si je voulais l’émailler, elle me donnerait n’importe quoi. Je refusai, parce que dans l’état de faiblesse où elle se trouvait, cela aurait pu lui être nuisible. Mme Carnégie ajouta que si je pouvais la mettre en état de paraître aussi décolletée qu’elle le désirait, elle me donnerait jusqu’à mille livres sterling (25,000 fr.) parce que l’on avait fait courir le bruit dans les salons qu’elle avait eu tout un sein enlevé. Elle avait, me disait-elle, une fortune indépendante de celle de son mari, et je n’aurai rien à craindre pour le payement. Elle savait bien que je ne donnais mes soins qu’à l’élite de la société. Enfin, elle ferait tout au monde pour ne plus porter de robes montantes. ”

M. Baron Wilde (le président) : Que fallait-il émailler ?

La plaignante : Le sein, la figure, le cou et les bras. Cette dame a été fort jolie, mais quoique très-jeune encore elle était mal conservée. Mon procédé ne consiste pas à peindre les dames ; c’est tout autre chose. Je l’ai appliqué trois fois à la dame en question, car je puis émailler pour une seule soirée ou pour toujours. C’est au choix. J’ai émaillé quatre fois chez moi Mme Carnégie. Elle vint huit ou dix fois me voir. Je lui ai fourni en même temps des cosmétiques, des parfums et autres choses semblables que je vends à mes clients. Mme Carnégie me raconta qu’elle avait assisté, dans un comté de Galles, à un bal costumé où elle avait été très-admirée. Elle avait un costume de neige. Elle me donna tous les détails de sa toilette. Elle portait une robe de tulle blanc, couverte de plumes blanches pour simuler l’effet d’un chasse-neige. “ Ma femme de chambre pourra vous dire, ajouta-t-elle, que j’étais vraiment adorable ! ” Elle ne m’a jamais rien payé mais elle m’a adressé à un docteur Robertson. Elle m’offrit en nantissement ses bijoux et entre autres une tiare de diamants, mais je ne voulus point les accepter. Je lui dis que je désirais de l’argent.

– Et croyez-vous que ce que vous avez fait soit durable ?

– J’en suis certaine !

M. Karstake présente ensuite la défense. Il dit qu’il était incontestable que Mme Carnégie avait eu la folie de se faire émailler, mais la question était de savoir si elle avait le droit d’engager son mari pour une aussi forte somme. Le capitaine Carnégie avait d’ailleurs complètement ignoré le traitement auquel sa femme s’était soumise jusqu’au jour où il a reçu la note de Mme Rachel qui demandait 1,000 livres sterlings pour quatre séances.

Le jury, après une minute de délibération, rend un verdict en faveur du capitaine.

1 Mme Carnégie est la fille de la comtesse Rapp, femme du banquier Hope : elle est une des lionnes de la haute société.

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